Mes peintures explorent l'espace où se rencontrent le visible et l'invisible, la matière et l'impalpable, le temps et ce qui semble lui échapper.
Des formes émergent, disparaissent ou se transforment, comme si plusieurs réalités se superposaient. Les lignes, les couleurs et les transparences évoquent les passages, les traces du temps, les chemins que nous empruntons et ceux qui demeurent invisibles, comme les multiples trajectoires de nos existences.
Je ne cherche pas à représenter le monde, mais à laisser apparaître ce qui le sous-tend : cet espace silencieux d'où naissent les formes et où elles retournent et cette présence discrète qui traverse toute chose et nous invite à regarder au-delà des apparences.
LE TRI CÔTÉ LAINE
Quand la peinture s'est tue, les fils ont pris la parole
Après le décès de mon fils, quelque chose s'est interrompu.
Pendant près de huit ans, je n'ai plus été capable de peindre. Chaque tentative semblait s'éteindre avant même d'avoir commencé.
Un jour, presque sans y réfléchir, j'ai pris des aiguilles à tricoter.
Peu à peu sont nées des œuvres entièrement réalisées avec des fils de laine, inspirées des motifs, des patchworks, des mandalas et des kanthas indiens. À cette époque, je ne cherchais pas à faire de l'art. Je suivais simplement un élan intérieur, sans vraiment comprendre où il me conduisait.
Ce n'est que plus tard que deux personnes m'ont offert un regard qui m'a profondément touchée.
L'une m'a dit :
« Tu avais peut-être besoin de douceur. »
L'autre a observé :
« En tissant tous ces fils, tu continuais peut-être à tisser le lien avec ton fils. »
Je n'avais jamais pensé à ces deux lectures.
Et pourtant, elles résonnaient profondément.
Aujourd'hui, je vois cette période comme un chemin de reconstruction silencieux. Ces œuvres racontent moins un deuil qu'une traversée. Elles témoignent d'un moment où la création a trouvé un autre langage pour continuer à vivre, lorsque les pinceaux ne pouvaient plus le faire.
Le titre Tri côté laine est lui-même un jeu de mots.
Il évoque bien sûr le tricot, mais aussi ce tri intérieur qui s'opère parfois après les grands bouleversements de la vie. Ce lent travail de transformation qui, fil après fil, nous aide à retisser un lien avec nous-mêmes, avec ceux que nous aimons et avec la vie.
Aujourd'hui encore, ces œuvres occupent une place particulière dans mon parcours. Elles me rappellent que la création trouve toujours un chemin, même lorsque nous croyons l'avoir perdue.

