Entre ce qui se termine et ce qui n’a pas encore commencé
Entre ce qui se termine et ce qui n’a pas encore commencé
Certaines périodes de la vie ressemblent à un passage entre deux rives.
Ce qui existait jusque-là ne tient plus de la même manière, mais ce qui vient n’a pas encore pris forme. Une relation se termine, un travail perd son sens, les enfants quittent la maison, le corps change ou un événement inattendu bouleverse nos repères.
Nous ne pouvons plus réellement revenir en arrière et nous ne savons pas encore vers quoi avancer.
C’est souvent dans cet espace que la peur apparaît.
Nous croyons avoir peur du changement. Pourtant, ce qui nous effraie peut-être davantage, c’est de ne plus savoir qui nous sommes lorsque disparaissent nos repères habituels.
Qui suis-je sans cette relation ?
Sans cette fonction ?
Sans ce projet ?
Sans la vie que j’avais imaginée ?
Pour échapper à cet inconfort, nous cherchons rapidement une nouvelle direction, une explication ou une certitude. Nous voudrions remplacer immédiatement ce qui a disparu.
Mais toutes les transitions ne peuvent pas être précipitées.
Il existe parfois un temps où rien n’est encore clair. Un temps qui ne demande pas nécessairement d’être rempli, mais traversé.
Cela ne signifie pas rester passif. Les démarches nécessaires peuvent être entreprises. Pourtant, intérieurement, nous pouvons reconnaître que nous ne savons pas encore ce que cette transformation fera naître.
Ne pas savoir n’est pas toujours un échec. Ce peut être un espace d’ouverture.
Lorsque l’ancienne forme de notre vie se défait, nous découvrons que nous sommes encore là, avant même d’avoir trouvé une nouvelle définition de nous-mêmes. La respiration continue. Les sensations apparaissent. Un geste devient possible, puis un autre.
Nous pensions devoir connaître l’autre rive pour commencer à avancer. Mais le chemin se révèle rarement dans son ensemble. Il se découvre pas après pas.
Traverser une transition ne consiste peut-être pas à devenir assez fort pour tout maîtriser. C’est parfois consentir à ne pas encore savoir, tout en restant présent à ce que la vie dépose aujourd’hui devant nous.
Entre ce qui se termine et ce qui n’a pas encore commencé, il n’y a pas seulement du vide.
Il y a un espace encore sans forme.
Et peut-être, déjà, quelque chose de nouveau qui cherche silencieusement à apparaître.
